Lire et dire l’alexandrin

La rubrique Les comédiens repassent le bac français de la Comédie-Française continue (son si stimulant programme quotidien), devrait être un cauchemar comme l’était cette matière en classe. Elle est grâce et bouleversement quand s’entrechoquent vie et écriture, vies au pluriel et art pendant qu’Eric Genovese aborde Phèdre de Racine dans l’acte II, scène 5, au théâtre et ici quand il la lit et la vit (« Avec un texte aussi sublime, fiction et réalité viennent se frotter).Ressentir l’émotion quand Éric lit la scène et voir la sienne après qu’il l’a lue (« Tout est dans ce texte très précis. Rien qu’à le lire, l’émotion advient) et quand il raconte son approche du texte (« En se lançant [sur scène], il faut accepter l’accident et l’accident c’est l’émotion (les larmes), il faut surtout s’accrocher au texte et continuer… La force de continuer, je l’ai trouvée par le texte »)

Le violent contraste avec ce que la même scène provoque chez l’élève de seize ans et quelques décennies plus tard dans cet extrait de ce que j’écris depuis un an et demi:

a) Pourquoi cet aveu s’achève-t-il par une tirade de Phèdre ?

Ma réponse : Parce qu’elle l’aime et qu’il ne l’aime pas.

b) Quel est l’effet produit par l’emploi absolu du verbe « aimer » ?

Elle n’en dort pas de la nuit. Elle perd l’appétit.

c) Recherchez les indications des marques corporelles de la passion.

Je ne sais pas. Elle est triste.

[…]

— Nous nous concentrerons sur l’alexandrin, la quintessence de la langue française : Voilà mon cœur. C’est là que ta main doit frapper.

Ma divagation vire au cauchemar.

— L’alexandrin est le vers en français qui se rapproche le plus de la parole. Il est composé de douze syllabes qu’on sépare en deux groupes de six, les hémistiches, par la césure. Hippolyte, lis-le à nouveau en comptant avec tes doigts :

— Voi-là-mon-cœur-c’est-là / Que-ta-main-doit-fra-pper.

— Ça manque de vie. Voiii-là / Mooon-cœur / C’eeeest-là // Queeee-ta / Maiiiin-doit / Fraaaaa-pper. Tu sens la beauté de ce vers ?

Elle lui arrache le livre, elle est énervée, très énervée.

— Voiii-là / Mooon-cœur. Tu sens que Phèdre meurt d’amour ?

— Non, madame.

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