Journal de Jean-Luc Lagarce (l’intégrale)

lagarceReprise des carnets d’écriture de l’été 2014 associés à la lecture du Journal de Jean-Luc Lagarce. Plusieurs temps, ici colligés, auxquels je rajoute des carnets non publiés liés à cette lecture:

Carnet d’écriture du 23 juillet 2014: Entrée dans le journal de Jean-Luc Lagarce, enfin un nouveau monde à lire, je lis six années d’un coup.

Immergé dans Lagarce et ses problèmes, j’alterne avec des soirées très parisiennes comme on dit, sur péniche, un réconfort dans la maison d’enfance et des préoccupations autour des papiers anciens à jeter, un arrangement de la table avec de nouvelles assiettes et une déco très jolie dont nous discutons, ce que je préfère de mes jours, je dois dire.

A Paris, on se couche trop tard pour moi. Une impression de régression. D’autres, deux générations plus tard, dans la même superficialité nécessaire à la vie sans doute, en ayant moi-même trop abusé. Autrefois. Ce que je dis ne m’apporte rien dans le travail intense au présent, la réflexion sur la forme de l’écriture en cours sur les trois filles me préoccupe entièrement, même quand je lis Lagarce, ou que je m’intéresse à Bourdieu.

Ce que je retiens de la soirée d’hier soir sur une péniche parisienne: savoir exprimer ce qu’on est auprès des autres, en totale sincérité. Mais je me protège. Je le fais mieux mais pas encore très bien, pas encore assez, essaie de me faire comprendre N avec délicatesse.

Carnet d’écriture du 25 juillet: Lagarce dans son journal à propos d’un acteur magnifique: Claire Fayolle et moi avons la même impression, l’envie soudaine pendant les répétitions de le prendre dans nos bras mais aussi la lucidité de voir qu’il nous dévorerait immédiatement.

Je progresse, je vieillis, je m’assagis. Je suis juste pleinement amoureux depuis vingt ans bientôt (c’est possible) et j’écris. J’écris et je vois les choses, je sens les relations. Un peu mieux. Bien que souvent je me trompe. Après coup, j’aime bien m’être trompé. Une force, je juge rarement les gens, seulement les situations et les relations établies.

Carnet d’écriture du 26 juillet: Je me raccroche à la lecture du journal de Lagarce. Comme souvent dans la lecture d’un journal, il devient horripilant, de l’intérêt premier je passe au rejet, ces amours occupent une place croissante au détriment de la création littéraire. Je me mets à lire en diagonale. En attendant la fin du deuxième volume, les deux dernières années, sa fin donc, quand il sera à nouveau lui-même, ce qu’il n’est plus du tout maintenant – malheureusement – qu’il gagne de l’argent (année 1988) et devient souvent autosatisfait. Mais il vient de découvrir sa séropositivité.

Carnet d’écriture de juillet 2014:
Premièrement ne pas nuire: Je travaille sur la partie entre le narrateur et sa fille, tout en vivant cette partie, un entremêlement et parfois la confusion est proche.
Lagarce dans son journal : Ai bien travaillé hier soir et cet après-midi encore. Cela ne me donne pas de talent mais au moins le sentiment du devoir accompli.

Carnet d’écriture (suite): Jean-Luc Lagarce, à Berlin se densifie: Je n’aime pas assez les gens qui m’aiment et je ne sais pas l’exprimer.
Tant imprégné de son théâtre, je n’ai pas voulu voir à sa sortie Juste la fin du monde, de Xavier Dolan. Le film est proposé dans l’avion Paris-Montréal il y a une semaine. Oubliée, mon hostilité de principe. Son univers tout autre me happe, il regarde l’acteur principal avec mes yeux (Gaspard Ulliel), du moins me donne-t-il cette impression. Parfois celui-ci prononce une phrase lagarcienne à ma manière.
Souvent, je croise Xavier Dolan dans le quartier, discret, seul. Je ne lui ai jamais parlé.

Ai été soudain soulagé de toute cette beauté qui continue à vivre.

Jean-Luc Lagarce dans sa maladie : Il faut apprendre, lentement, à se regarder à nouveau.

Carnet d’écriture du 3 aout 2014: Cette phrase de Thomas Mann que Jean-Luc Lagarce place en exergue de son journal (il lui reste un peu plus d’une annee a vivre, ou un peu moins d’un an et demi): Je préférerais de nouveau prendre part a la vie que d’écrire cent histoires, que je ne trouve pas superbe, non, je reponds que je cherche a écrire cent histoires de ma vie, et que de les écrire en appelle cent autres à vivre.

journal-1990-1995

Carnet d’écriture d’août 2014: Phrase du journal de Jean-Luc Lagarce particulièrement à propos : Combien me fera toujours du mal cette interdiction que je me donne toujours de ne pas dire vraiment leur fait aux gens. Je croise dans Montréal celui qui dit du mal et devant moi nie, se coupe, ment. Encore une fois, j’écoute au lieu de l’affronter.

Mon carnet d’écriture s’allonge comme le journal de Lagarce dans lequel je suis plongé depuis huit jours, j’aborde les cent vingt-six dernières du millier de pages (je compte en évitant de lire et même de regarder le dernier texte du dernier jour d’écriture) et j’aimerais l’allonger, le ralentir, il s’interrompra dans un an, la mort l’interrompra, le lecteur qui connaît la date qu’il ignore mais pressent de sa mort, anticipe en lisant ses réflexions et ses projets, son ébullition.

Dedans: L’ambition est le dernier refus de de l’échec, noté dans un livre d’Oscar Wilde par lui, et contre laquelle il s’est toujours insurgé face aux autres, écrivant, montant, allant de l’avant, réfléchissant, refusant de s’arrêter, l’ambition aurait fait le reste. Travailler et écrire et poursuivre au-delà des circonstances.

Affinité croissante avec lui, je me détache de moins en moins

6 août 2014

Grande tristesse d’en avoir terminé avec le journal de Jean-Luc Lagarce, une présence quotidienne profonde. Tout est terminé, heureusement ses écrits restent, son journal, la vie dans son journal.

 

 

 

 

 

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