Les Maîtres du Sonnet (2)

Alors bien sûr (mais il n’y a rien d’évident) — et ça c’est les merveilles de l’écriture, il se produit, à sa suite ou encore la précédant, des occurrences incroyables dans la vie — j’ouvre hier matin Les Maîtres du Sonnet (chronique précédente). La journée se déroule. Dans la soirée, je prends au hasard, ou presque, un livre dont le titre m’attire, Vigile de décembre, de Françoise Morvan (publié en 2019 aux Editions Mesures).

Je lis le deuxième poème, Allège. Lentement. Chaque ligne rentre en moi. Me parle. Suscite des images très visuelles. Je sors marqué par cette lecture. Mon regard erre sur le livre ouvert. S’arrête sur la page en regard, celle de droite, le poème écrit en italique.

Je feuillette le livre. Quelques pages plus loin, il y en a un deuxième, en italique lui aussi. Et c’est tout. Surtout… surtout, il est disposé comme un sonnet (deux strophes de quatre vers – quatrains- puis deux strophes de trois vers – tercets). C’est un sonnet.

Pas d’autre sonnet dans ce livre ni dans l’ensemble des quatre livres qui constituent Sur champ de sable. Apparemment, en les parcourant visuellement. Rapidement. Ce hasard, un concours de circonstances incroyables, joignant les extrémités de ma journée : Le matin, un sonnet de Pierre de Ronsard, le soir et cinq siècles plus tard, deux sonnets de Françoise Morvan.

Écrit en alexandrin, selon le modèle de Pierre de Ronsard. À la première personne. Une rupture avec l’ensemble des poèmes des quatre livres. L’auteure intervient temporellement. Cette notion du temps dans ma lecture a été essentielle. Je suis d’abord resté étranger aux poèmes de Françoise Morvan. Puis, il y a eu l’étincelle d’éternité de ma mère. Dans une disposition d’esprit hors temps qui défile, j’ai rouvert un de ses livres : Ce qui y était inscrit est entré en moi. Tout seul. L’évidence.

Fin de cette petite analyse et retour aux deux pages en question, le poème Allège et le sonnet sans titre.

Je recopie ici deux poèmes, Allège et le deuxième sonnet (se situer hors temps pour les lire est une gageure). Avec ça, une magnifique journée :

(Très beau papier, doux au toucher, couverture choisie avec soin)

Allège

Cristaux de neige en train de se défaire au soleil
Odeur bleuâtre du grésil
Une abeille endormie de froid
Le lin glacé dans l’armoire

Un enfant roux seul sur la route
Ses talons tintant sur la pierre
Le fer étoilé fracassant les flaques
Comme on écrase un squelette d’oiseau.

Cristal de glace au cœur
S’il glisse vers le ciel
Où le traîneau de la reine des neiges
Ouvre ses transparences silencieuses

Le jour entier s’ouvre sur la fini
Mais le livre posé sur l’allège se ferme
Et le voilage ombrant les fougères de givre
Ne laisse à discerner qu’un fin croissant de lune.

*** 

(le deuxième sonnet sans titre)

Ces atomes de feu qui sur la neige brillent
Ces étincelles d’or, d’azur et de cristal
Dont l’hiver, au soleil, d’un lustre oriental
Pare ses chevaux blancs que les vents éparpillent ;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s’habillent,
Ce pavé transparent fait du second métal,
Et cet air net et sain, propre à l’esprit vital,
Sont si doux à mes yeux que d’aise ils en pétillent

Cette saison me plaît, j’en aime la froideur ;
Sa robe d’innocence et de pure candeur
Couvre en quelque façon les crimes de la terre.

Aussi l’Olympien la voit d’un front humain ;
Sa colère l’épargne, et jamais le tonnerre
Pour désoler ses jours ne partit de sa main.

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