Activation des souvenirs

librairie française
Librairie française de New York (screenshot de film Super 8). Elle a, depuis fermé, du fait de la hausse brutale des loyers, et rouverte sous le titre d’Albertine.

Carnets durant l’écriture de Ce côté et l’autre de l’océan (I), été 2015, complétés en 2017 et 2018)

« L’obscur du monde », l’oubli. Mais on n’oublie pas ses émotions, dit Florence Delay dans mes écouteurs, tandis que je cours dans la neige. Elle n’a pas bonne mémoire. Comme moi. Mais, mes émotions ne sont pas oubliées, mais transformées.

Je ne peux les faire surgir, authentiques, que si j’essaie de les traduire depuis mon présent. Elles viennent mieux par le corps en action qu’en contemplation.

Une photo prise dans Woodstock et que m’envoie ma sœur se superpose aux impressions en salve, violentes. J’ai à peine pu regarder la photo, mon père a 37 ans et ma mère 35, je perds tout repère. Pascal m’emmène prendre un petit-déjeuner a l’Oriol 9, un corned-beef.

J’en suis au premier stade d’écriture à partir des maisons autrefois habitées, celui des simples souvenirs, une première étape difficile, le ressassement de souvenirs figés.

volino
une des maisons habitées à Poughkeepsie, celle de gauche, abandonnée

Tout le travail initial dans Avant tout ne pas nuire avait été de me sortir de soi : J’éviterais d’emblée de perdre du temps en n’abordant pas cette phase. C’est un réflexe naturel de commencer ainsi, un combat s’annonce contre cette tendance forte, aborder les noms de lieux en dépassant le sentiment premier (lequel, quand je l’affronte se dissipe, n’ayant plus d’objet).

« Sans doute Proust parvient-il toujours a débusqué la beauté là où le lecteur ne voyait que laideur et insignifiance. »

Denis Podalydes lisant Mauvignier (I’histoire du voleur de supermarché) : Je vais vous raconter l’histoire d’un homme.

Poughkeepsie, NY : L’histoire d’un homme, d’une femme qui partent vivre l’utopie du rêve américain après la guerre d’Algérie.

Pascal, mon chauffeur et ami sur la route vers Poughkeepsie, est aussi serrurier : il m’a donné accès aux maisons que nous y avons habitées, mais il ne me donne pas l’entrée pour écrire dessus. Pour le moment tout est en bloc, rien n’est sélectionné. Je fuis et en même temps je ne veux pas perdre la substance. Pas besoin que je sorte, que je voyage, tout est là, prêt, devant moi.

Elsa Lepoivre, sur sa position d’actrice : « Je n’ai pas peur ».

Je n’ai plus peur en juxtaposant le Screenshot de film Super 8 a Poughkeepsie, NY, notre 1er séjour en 1969 et la photo du même lieu en 2015, il fallait écrire Poughkeepsie. (Remarque : Un drapeau américain est apparu sur le lieu entretemps).

Tout le travail initial dans Avant tout ne pas nuire avait été de se sortir de soi. Impossible encore pour le texte suivant, Poughkeepsie (titre initial de Ce côté et l’autre de l’océan), j’en suis à la première couche indécente du texte) : comment aborder les noms de villes (Poughkeepsie, Woodstock, Fishkill, Wappinger Falls) hors du sentiment (lequel, quand je l’affronte, se dissipe). « Sans doute Proust parvient-il toujours a débusquer la beauté la ou le lecteur ne voyait que laideur et insignifiance. »

Friendly's
Photo du Friendly’s dont, après I’école, souvent nous avons poussé la porte : Sur sa vitre, une feuille indique sa fermeture définitive. Le voyage a été entrepris trop tard pour y retrouver le gout du milkshake a la vanille. Celui du Friendly’s d’Albany n’est pas aussi bon.

Une partie de Poughkeepsie écrite à partir des dimanches au bord du lac Taconic, cèdera la place a un road trip sur la parkway qui y conduit. Pique-nique au bord du lac Taconic. La bouteille de Heinz Ketchup est inconnue en France. Un des récipients rouge et blanc contient du vin prohibé dans le pare (et dont l’achat est a ce jour encore interdit aux moins de 21 ans).

Je lis beaucoup plus que je n’écris alors que je souhaite l’inverse. Je lis parfois ou souvent trop plutôt que regarder, tout est devant moi, prêt, m’attendant. Au moins que je commence simplement par le texte le plus accessible et qui renferme tout, Océane 48 ans.

Screenshots d’un film Super 8: Les chutes du Niagara atteintes 8 ans apres l’Algérie obligée (8 heures de route à bord d’une Chrysler Plymouth depuis Poughkeepsie, NY) plymouth

Rimbaud écrit: « Il s’agit d’arriver a l’inconnu par le dérêglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poête, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire: Je pense: on devrait dire on me pense. » Poète, que nenni. Le Narrateur, qui me poursuit depuis bientôt quatre ans, est on ne peut plus pragmatique, les mains dans le cambouis.

Complément de 2019: Du rôle croissant, primordial et central de l’image à partir d’où écrire au présent (influences déterminantes de Walter Benjamin et de Georges Didi-Huberman)

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